Photographe: comment ranger ses photos ? 4/4

22/05/2021 | Trucs de photog'

A l’heure de la photo numérique : comment ranger ses petites affaires ?

( … et y retrouver ses petits ! )

Vous arrivez probablement ici après avoir lu la troisième partie de ce -long- article dédié à la sauvegarde de votre plus précieux capital en tant que photographe: vos photos elles-mêmes. Si ça n’est pas le cas, allez-y jeter un oeil, j’y parle d’abord de nomenclature d’images, puis de rangement de fichiers et de système de sauvegarde. Jusqu’alors nous parlions essentiellement de solutions informatiques et pas vraiment spécifiques à l’image, sauf que voilà les photos sont des fichiers particuliers et l’autre moitié de la valeur de votre fond photo, maintenant que sa pérennité est relativement bien assurée, tient à la capacité pour une personne -autre que vous- d’y retrouver une image donnée.

Étape 4 : Le catalogage et l’indexation

On ne le dira jamais assez aux photographes INDEXEZ VOS PHOTOS ! Et pourtant, moi la première, je dois bien admettre que je devrai en faire plus et mieux. Prenons le problème en sens inverse, que fera un iconographe qui va rechercher une image particulière dans votre fond ? Il fera une recherche de mots-clefs. L’IA n’étant pas encore capable aujourd’hui de reconnaître ce qu’il y a sur une image, il faut donc que le photographe renseigne, par le biais du titre de sa photo, d’une description et/ou de mots-clefs du texte dans lequel le moteur de recherche pourra vérifier la présence du ou des mots recherchés.

Idéalement, en matière de photo de reportage il faudrait toujours remplir les champs IPTC. IPTC Kézako? C’est l’abréviation de International Press Telecommunications Council, ce qui ne nous aide pas beaucoup : c’est un moyen de faire transiter des métadonnées texte ordonnées avec votre fichier image…

Petite parenthèse: les métadonnées c’est d’ailleurs la raison pour laquelle toutes les associations d’auteurs se battent avec les GAFA pour que leurs plateformes cessent d’écraser ces infos quand un fichier est chargé chez eux, pour permettre à un usager de bonne foi de contacter un auteur ou le créditer proprement… Parce que oui, sur le web aussi, des usagers respectueux, y en a plein, mais pour ça il faut que l’information soit disponible !

Il faudrait (pour chaque image) remplir les métadonnées/IPTC avec:

  1. un titre propre à l’image (même si bien souvent les reporters n’en mettent pas)
  2. une description en langage naturel de ce qui est sur l’image. Dans le cas d’une photo issue de reportage cette description est en 2 parties: quelques lignes de textes générique qui correspondent à l’ensemble du sujet de reportage (pour vous aider QQOCQ/5W) et une phrase supplémentaire propre à la photo.
  3. des mots clefs spécifiques qui indiquent le type de photo dont il s’agit, ce qu’on voit sur la photo et ce qu’elle évoque.

Et en vrai, dans la pratique ?

Dans la pratique, je m’astreins a rédiger pour chaque reportage un titre global, une description globale du reportage, et à minima 4/5 mots-clefs qui s’appliquent au reportage (il en faudrait une vingtaine). Après en fonction de mon temps et de ma motivation, je rajouterai des mots clefs spécifiques à chaque photo pour les 15 photos de mon éditing restreint ou pour la totalité de mon éditing, et parfois même je préciserai la description photo par photo… mais pas systématiquement, et c’est mal ! #Shame

Le fait est que tout cela prend du temps et je ne vous parle même pas du temps de post-traitement photo des fichiers RAW de mon éditing large: un photographe ne publie jamais de photo non post-traitée, donc il faut le faire, rares sont ceux qui y prennent vraiment plaisir, faut quand même le signaler et… ça n’est pas le pire !
Si on n’ y fait pas attention, convaincu que nos photos sont sauvegardées en toute sécurité, on oublie que tout ce temps passé à post-traiter ou a indexer ses fichiers photo, peut-être potentiellement anéanti si pour une raison ou une autre votre catalogue Lightroom venait à ne plus s’ouvrir ! Dans ce cas vous auriez certes toujours vos originaux (négatifs numérique) mais vous perdriez tous les traitement paramétriques des photo et tous les champs IPTC laborieusement remplis !

« Oui mais Lightroom fait des sauvegardes du catalogue souvent »

« Oui mais Lightroom fait des sauvegardes du catalogue souvent » certes, 1 fois par semaine à la fermeture du catalogue par défaut, encore faut-il fermer son catalogue (oui je dis ça pour moi), encore faut-il accepter cette sauvegarde et le temps qui va avec, encore faut-il… Mettons. Et si demain, pour une raison ou une autre Adobe décidait d’arrêter Lightroom ? Ne rigolez pas, avec un abonnement créative Cloud, Adobe ne vous concède pas la propriété sur vos logiciels, juste un droit d’usage durant 1 mois… J’ai vu PLEURER un photographe expérimenté qui avait construit tout son fond photo sur Aperture quand Apple a annoncé en 2014 que bim, plus d’Aperture (ou alors il fallait garder un OS daté… et quand on connaît la galaxie Apple… #Bref si je les aime pas #YaQuelquesBonnesRaisons #QuoMeum).

Rien ne dit qu’Adobe fera de même, il n’empêche, c’est possible. Donc il faut le prévoir et veiller à sauvegarder en même temps que vos fichiers photos toutes les additions que vous y avez faites en les post-traitant ou en remplissant leurs champs IPTC. Pour cela il suffit de demander à votre catalogue d’ « enregistrer les métadonnées » (clic droit sur un dossier photo de LR et la commande apparaît dans le menu contextuel). En fonction du nombre de fichiers dans lesquels faire remonter vos images, ça peut prendre du temps -beaucoup-.

Et en fonction du type de fichiers que vous employez et de leur capacité à encapsuler les métadonnées dans le fichier (tel que l’Adobe .DNG -que je ne recommande pas mais c’est une autre histoire-) ou pas, vous pouvez vous retrouver dans vos dossiers avec pour une référence donnée de photo 2 fichiers : le fichier image (avec une extension en .CR2 chez moi, ça peut être du .NEF du .ARW etc. selon votre marque de matériel photo) et un fichier portant le même nom mais une extension en .XMP. Fichier XMP qui contient des métadonnées donc. Fichier qu’il faudra conserver tout aussi précieusement que votre fichier image, puisque c’est lui qui garde la trace des heures que vous aurez passées à indexer et post-traiter vos images. Si vous le perdez, vous pourrez toujours réindexer et repost-traiter vos images, certes, « votre négatif numérique sera toujours là » mais ce sont des heures sinon des années de travail patient et laborieux que vous aurez perdu. A vous de voir !!

Cette capture d’écran est l’occasion de vous présenter le champ « identifiant de la fonction » dans le groupe « Workflow » des champs ITPC, il ne paye pas de mine comme ça, mais il permet en indiquant la même chose dans un groupe de photo, de pouvoir indiquer qu’elles vont ensemble. Pour ma part, je l’utilise pour les photos que j’ai retenues d’un reportage après mon éditing (en y mettant les 6 premiers chiffres des photos, qui identifient donc un reportage donné). De cette façon, si pour une raison ou une autre je perdais mon système de collection LR, j’aurai tout de même par le biais de ce champ: la possibilité de retrouver l’ensemble des photos que j’ai retenues de mes éditings -champ rempli- et de les rassembler par reportage -même contenu dans le champ-. Il y a plein d’autres usages à vous de trouver celui qui vous convient !

Donc même si j’aime pas le Adobe DNG (il m’a pété des photos que j’avais converties dans ce format via LR, qui sont irrémédiablement perdues depuis, pas beaucoup, mais c’est toujours trop. Et le SAV Adobe m’a gentiment dit d’aller me faire foutre parce que c’était pas leur problème #MuchAppreciated. De plus il empêche d’être libre de post-traiter vos images sur un logiciel qui ne serait pas Adobe, et j’aime pas trop beaucoup ça: what if ?). Si vous savez d’ores et déjà que vous déplacerez vos fichiers de dossiers en dossiers à la main avec le risque de séparer un fichier image de son fichier XMP… Convertissez vos fichiers image en DNG pour stocker dans un seul fichier l’image et ses métadonnées. Le risque de perdre une photo à cause de ce format est très faible comparé à celui d’une fausse manip’

Et la sauvegarde de catalogue Lightroom me direz vous ? Laissez la s’exécuter -vraiment- et de temps en temps, supprimez les sauvegardes anciennes (qui prennent un max de place). Lightroom refusant d’ouvrir un catalogue qui n’est pas en local, vous êtes obligé d’avoir votre fichier sur un disque dur réel de votre ordinateur. Ça ne vous empêche pas de programmer votre utilitaire de sauvegarde automatique pour recopier (une fois par semaine par exemple) le contenu du dossier de votre catalogue LR local dans un dossier dédié sur votre NAS. Ça ne coûte pas cher, et si votre ordinateur tombe en rideau, vous pourrez toujours récupérer une version de votre catalogue LR sur le NAS (qu’il faudra à nouveau recopier en local pour être utilisable !)

Et donc voilà, 4 articles et une paire d’heures de rédaction pour moi, quelques bonnes minutes pour vous plus loin nous y sommes, je vous ai livré tous mes trucs & astuces pour m’assurer d’éviter de perdre des photos et d’être toujours capable de les retrouver en 4 étapes !

J’espère que ça vous aura été utile ou que ça vous aura donné des idées; et si vous pensez avoir vous aussi mis au point des bonnes pratiques intelligentes pour assurer la sécurité de vos images et un flux de production le plus fluide possible, je serai ravie de les connaître aussi : je suis toujours à la recherche de nouveaux moyens d’optimiser ma façon de travailler ! (je vous remets pas les liens vers mes différents RS, ils sont dispatchés un peu partout sur ce site, mais je suis sérieuse: si vous avez des trucs à partager, je suis preneuse !)

PS : Avis à toi le jeune photog’ qui regarde ça d’un oeil distrait et distant, ON PARLE DE TA PLUS GRANDE RICHESSE, alors oui, ça mérite que tu y passes un peu de temps !

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Sandra Chenu Godefroy

Sandra Chenu Godefroy

Photographe

Spécialisée dans les images de secours, défense, sécurité, et d’aéronautique. Fille sérieuse qui se prend pas au sérieux.

J’exploite honteusement Tigrou, mon assistant en peluche, et j’adore mon métier, même si c’est pas toujours facile !