Reporter-Photographe

Derrière les images

Faut-il parler manif avec un chercheur en sciences sociales ?

13/04/2022

Il y a quelques mois j’accordais plusieurs heures de mon temps à une future historienne qui réalisait son mémoire sur l’évolution de la photographie de manifestation en France.

J’étais la première surprise de cet appel : je ne suis pas photojournaliste et je ne vends pas d’image à la presse… Il n’empêche que oui, je fais partie de la petite poignée de photographes-auteurs qui documentent régulièrement ce sujet.

J’ai donc pris le temps d’expliquer à mon interlocutrice mon positionnement, le pourquoi de mon focus sur les forces de l’ordre. En effet, ce dernier est dans le  prolongement de mon travail de reportage sur l’engagement des femmes et des hommes qui ont fait le choix de servir : policiers, pompiers, militaires…

Faire des photos de contestations sociales est pour moi un moyen de documenter l’action de certaines de ces personnes (les CRS et mobiles) dans ce qui est l’essence de leur métier: le maintien de l’ordre. C’est aussi un moyen de prendre le contrepied de mes collègues « photographes militants » qui pour certains revendiquent faire cela « pour raconter les violences policières ». Cependant, de mon côté, je cherche aujourd’hui à documenter la violence que doivent affronter les forces de l’ordre et le contexte général dans lequel ils exercent leur travail. Ainsi, au travers de la pluralité des regards des photographes présents à une manif, j’aime à penser que les historiens de demain pourront mieux se figurer la complexité de ces moments très particuliers.

[Ref: 1418-18-1016]

EXIF | Credit: Sandra Chenu Godefroy | Appareil: Canon EOS 5D Mark III | Date: 24/11/2018 | Focale: 28mm | ISO: 4000 | Ouverture: ƒ/4 | Vitesse: 1/8000s |

Par la suite, je lui ai également précisé que « non, mon travail ne portait pas préjudice aux photojournalistes ». En effet, je préférais les laisser saturer les boîtes mails et répondeurs des icono afin qu’ils essayent de placer une photo qui leur serait au mieux rémunérée 20 euros. Mais que dans ma position, plus confortable, de « photographe d’action », des entreprises pratiquant des tarifs plus respectueux me contacteraient à plus long terme. Me permettant ainsi de rentabiliser le temps que j’y avais passé, je ne suis pas philanthrope.

J’ai donc eu la désagréable surprise il y a quelques jours de recevoir le mémoire de mon interlocutrice et d’y lire que, seule photographe-auteur interviewée, j’avais « une vision marketing de la manifestation » là où les nombreux autres journalistes interrogés avaient un positionnement éthique et moral… 3 heures d’explications, de précisions, de réponses en toute transparence aux questions posées se résument donc à : une vision MARKETING. Ainsi soit-il !

Cette désagréable mésaventure ne m’empêchera donc ni de dormir, ni de continuer à faire mon travail dans le respect de qui je suis et pas de ce que certains aimeraient bien que je sois. Je continuerai à parler avec les nombreux historiens avec qui j’ai le privilège d’échanger régulièrement. Cependant, cet échange ne m’empêche pas de m’interroger sur ce tropisme qu’ont certains représentants des sciences sociales de dénigrer systématiquement ce qui n’est pas conforme à leur système de valeur.

Et je continuerai à photographier les manifs ! #PunkIsNotDead

Je ne suis pas une nana intéressante !

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Sandra Chenu Godefroy, photographe indépendante

Sandra Chenu Godefroy

Photographe

Spécialisée dans les images de secours, défense, sécurité, et d’aéronautique. Fille sérieuse qui se prend pas au sérieux.

J’exploite honteusement Tigrou, mon assistant en peluche, et j’adore mon métier, même si c’est pas toujours facile !