Quelques notes de piano à l’hôpital

Quelques notes de piano à l’hôpital

Nous sommes un vendredi en début d’après-midi et je suis dans l’atrium de l’hôpital Bégin pour décrocher mon exposition Covid19 ce que veut dire être soignant. Un technicien de labo s’approche et me demande si « ça vous dérange si je me mets à jouer? ». Juste derrière la table où je procède à l’emballage de mes cadres sous papier bulle, il y a un piano !

J’avais déjà eu l’occasion d’entendre ce piano jouer, pas pendant la première vague Covid-19, où tout l’hôpital était désert et silencieux, mais plus tard, quand j’étais venue cet été interviewer des soignants pour le livre. Seulement voilà, à chaque fois que c’est arrivé: j’avais les mains vides ! #LeComblePourUnPhotographe Heureusement ça n’était pas le cas ce vendredi 26 février. Et il faut que je vous le dise, faire le décrochage de ses cadres en musique : c’est vraiment sympa !!

Je n’étais pas la seule à apprécier la chose, régulièrement, de l’étage supérieur, les patients qui attendaient leur consultation médicale où des visiteurs qui venaient se détendre à la cafet’ applaudissaient à la fin des morceaux. Je décide donc de monter d’un étage pour immortaliser aussi « le public ». Et je tombe sur cette petite dame qui a un peu de mal avec son nouveau téléphone et qui aimerait faire une vidéo « parce qu’avant je jouais moi aussi, mais maintenant avec mes mains je peux plus ». Difficile de refuser pareille demande, je l’aide à enregistrer et à se stabiliser sur la rambarde. Et puis je me dis que la photo que je cherchais en montant la haut, c’est celle-là:

Celle d’une petite dame un peu âgée qui veut à tout prix capter ce chouette moment !

EXIF | Credit: Sandra Chenu Godefroy | Appareil: Canon EOS 5D Mark III | Date: 26/02/2021 | Focale: 40mm | ISO: 400 | Ouverture: ƒ/8 | Vitesse: 1/50s |

Une photo inestimable

Une photo inestimable

Quel est le prix d’une photo ?

Je suis confrontée bien plus souvent qu’à mon tour à des sollicitations d’entreprises ou d’agences de communication me proposant d’utiliser mon travail à vil prix « libre de droits bien sûr »… quand on ne me propose pas carrément de « faire (m)a promotion en mettant en avant (m)on travail sur les réseaux sociaux / le site web / les murs de l’entreprise XXXX !« 

Il y aurait tellement à raconter… mais je vais vous parler de plus surprenant encore. Accrochez-vous.

Je suis contactée régulièrement par des familles de militaires/policiers/pompiers, parfois en direct, parfois par le biais d’intermédiaires. A chaque fois la même demande « Pourrait-on vous acheter la photo XXXX que vous avez faite à telle ou telle occasion » et ma réponse est toujours: pourquoi faire? #Normal  » … parce que c’ est mon fils/frère, il n’est plus là, mais j’aimerai avoir cette image dans l’album de famille »

Le choc bien sûr, d’apprendre que ce petit gars dont j’ai forcément encore quelques souvenirs qui me reviennent, celui-là n’est plus. Ils me paraissent alors tous, toujours, beaucoup trop jeunes pour être déjà partis, mais c’est ainsi. 
Ce qui me choque le plus dans ces cas là, c’est que pas une seule fois ces proches endeuillés ne m’ ont contactée pour obtenir gracieusement ces photos. Pas une seule.
Et pourtant, il y en a eu quelques uns, hélas..
Attristés par la disparition de leur proche, aucun n’envisagerait que la photo de celui qu’ils ont aimé ne soit gratuite. Bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ? Elle a une valeur inestimable à leurs yeux ! Je suis moi aussi fille de, sœur de, femme de, et je serai prête à ce titre à payer fort cher les images qui fixent le souvenir de ceux que j’ai chéris.

Pour autant et précisément parce que je suis fille de et femme de il me semblerait particulièrement amoral de faire payer ces sentiments et émotions à des personnes touchées par le deuil.

C’est précisément parce que ces photos sont inestimables pour ces gens qu’elles n’ont pas de prix et que je ne peux que les donner.

Alors autant vous dire que quand je reçois le message de *Jean-Rémi startup-nation happiness-manager sup’ de com’ * me demandant à l’œil le fruit de mon travail, j’ai toutes les peines du monde à ne pas faire le parallèle, entre ce que des personnes qui seraient éminemment légitimes ne se permettent pas de demander et ceux que rien n’étouffe… 

Donc oui, je ne laisse pas n’importe qui faire n’importe quoi avec l’image des gens qui m’ont accueillie. Et oui, je suis une photographe chère car la qualité se paye et mes clients achètent ma grande exigence envers moi-même quant à mes productions. C’est normal.

Et non, je ne fais pas d’argent sur le dos des familles endeuillées de ceux qui m’ont accueillie dans leur quotidien avec bienveillance. C’ est normal aussi. Si vous ne comprenez pas ça, il est inutile que nous envisagions de travailler ensemble.
Sinon, si comme moi vous aimez les histoires d’hommes (et de femmes), et cette matière humaine si vivante et formidable, parfois imparfaite, souvent impressionnante; si vous êtes convaincus de tout ce que l’humain apporte à chaque système, fût-il le mieux rodé ou le plus technologique; si vous voulez raconter l’histoire de ces gens là: vous savez où me trouver.

J’ai besoin de votre avis !

J’ai besoin de votre avis !

*** OK, je vois qu’il y en a qui n’en font rien qu’a leur tête #PasBravo

C’est mon anniversaire aujourd’hui !

Un an de plus en moins, l’occasion de faire le point ! *

Vous le savez: je suis régulièrement fatiguée par la médiocrité qui règne sur les réseaux sociaux: la prime à l’indignation facile, aux polémiques à 2 sesterces … les images repiquées et sans crédit photo, les montages pourris faits par certains « mythos » qui mettent des forces spéciales partout, les Jean-mi « j’ai un avis sur tout et j’agresse tout le monde » #Bref
Parfois, je me dis que je devrai juste me casser pour me préserver de tout ça !

& d’un autre coté il y a vous …

vous qui me faites l’honneur de me suivre, depuis très longtemps parfois ! De me soutenir et de relayer mes projets quand je vous appelle à la rescousse, de m’encourager au quotidien, de me proposer des idées de reportages sympa ou juste… de voir apparaître mon travail de temps en temps sur vos fils d’actu !

Ces derniers temps m’ont fait réaliser que je vous devais beaucoup !

Dans la façon que j’ai d’aborder mon métier de photographe, d’aller à la rencontre de ces gens que je photographie pour raconter leur histoire et transmettre leur engagement.

Alors je reste sur les réseaux, parce que vous y êtes et parce que vous êtes importants pour moi !

… et comme vous êtes importants pour moi, comme je reste là précisément pour partager des trucs avec vous, je me disais que le mieux, c’était encore de vous demander ce que VOUS vous attendiez de moi sur les réseaux… alors si vous avez 5 minutes pour répondre à quelques questions c’est le moment !

#Merci

* je vous remercierai de bien vouloir NE PAS remarquer les petites rides qui apparaissent au coin des yeux sur cette photo de l’excellent Alex Paringaux tout en haut de la page: c’est le sourire sous le masque d’abord !
** NON, ne vous sentez pas obligés de retourner tout en haut histoire de vérifier #TrustMe

Sortez vos plus belles images de filles !

Sortez vos plus belles images de filles !

Le 8 mars

C’ est LE jour. Celui où chaque compte officiel, chaque institution ou influenceur digne de ce nom, chacun y va de sa jolie photo de fille pour montrer que 1/ on a des filles chez nous #Youpi 2/ elles sont géniales #Youpi et #ViveLégalitéDesSexes

Et les 364 autres jours alors ? Ceux où les réseaux sociaux se sont attaqués en meute à une jeune recrue fière de porter son uniforme de cérémonie à l’issue de ses classes militaires juste parce que… c’était une femme !
*c’était en 2021 vous ne vous trompez pas : #GillTheAmazon*

Ceux où on évite de recruter une femme « en âge de procréer » parce qu’en âge de procréer justement. Ceux où des communicant/es se sentent bien inspirés de rajouter « En plus, on a une femme dans l’équipe » pour justifier de l’intérêt de faire un reportage chez eux. Ceux où les femmes croisées en reportage me demandent à ne pas être photographiées pour ne pas être mises en avant du fait de leur sexe parce que « c’est usant d’être mis en avant juste pour ça ».

Les 8 mars se succèdent, les success-story, les sourires bright sur les fils d’actualité… le temps passe et j’ai du mal à voir autre chose qu’une opération annuelle de gender-equity-washing à peu de frais (vous noterez l’emploi de nov’langue 3.0 pour ne pas fâcher la patrouille woke qui veille). Du coté de l’égalité des sexes, certes, les choses s’améliorent, petit à petit, les différences de salaires diminuent, les faits de harcèlements sexistes sont plus facilement dénoncés. Bien sûr, tout cela ne va pas assez vite pour les victimes du système et bien trop vite au goût de ceux (et celles !) qui en tirent profit.

Donc en ce jour si particulier, je voulais partager cette photo de deux gendarmes mobiles s’équipant de leurs casques de MO

10 secondes plus tôt j’avais un homme et une femme sous les yeux, 10 secondes plus tard, j’avais deux moblots, prêts à affronter ensemble une nouvelle journée de contestation, prêts à faire à leur niveau ce qui leur serait ordonné pour tenter d’assurer au mieux la sécurité de la population et de ses biens … Je n’ai aujourd’hui pas plus qu’hier envie de vous parler de femmes : elles sont là, leur place est là et c’est normal. Ce sera toujours normal demain et le jour d’après aussi.

Je préfère vous parler des milliers d’anonymes, des milliers de professionnels, des femmes et hommes engagés chaque jour pour assurer leur mission. Tout ça fait bien plus de sens à mes yeux tous les jours de l’année qu’une simple question de genre, une fois par an.
Deux gendarmes mobiles de l’EGM 11/5 de Sathonay s’équipent de leurs casques lors d’un MO [Ref:1419-09-0346]

EXIF | Appareil: Canon EOS 5D Mark III | Date: 16/02/2019 | Focale: 105mm | ISO: 400 | Ouverture: ƒ/8 | Vitesse: 1/200s | Copyright: Sandra Chenu Godefroy - Photographe d'action |

En reportage parmi les soignants face au covid

En reportage parmi les soignants face au covid

D’une manière générale, je m’interdis de porter la tenue des gens que je photographie, pour être facilement identifiable comme étant un élément extérieur. Mais pour ce reportage au sein de l’hôpital d’instruction des armées Bégin de Saint-Mandé, je n’avais pas très envie de rapporter des échantillons de Covid19 à la maison donc pas vraiment le choix. Quand j’évoluais dans l’un des deux services de réanimation de l’hôpital ou au service d’accueil des urgences, j’enfilais la tenue de travail des infirmières… Ça n’a pas manqué de créer quelques quiproquos (avec les pompiers de Paris qui venaient en renfort dans les services et inévitablement, venaient se présenter à moi parce que, comme je ne bougeais pas partout dans tous les sens, je ne pouvais être qu’un doc !).

Et au milieu de cette nuit de garde en Réa -plutôt intense- tandis que je remonte dans l’ascenseur, je me fais la remarque que mon look du moment et ma tête fatiguée méritent quand même d’être immortalisés ! Clic-clac et #CestDansLaBoîte

Nuit de garde en Réa 3 Covid dans les murs du service de cardiologie au 3ème étage, réorganisé en service de réanimation pour faire face à l’épidémie de COVID-19.